La folle histoire

De Germaine des prés

La Germaine est certainement la culotte laissée sur le rivage par Vénus, à sa sortie des eaux. Celle de toutes les nymphes et autres belles, dérobée avec le reste des vêtements par quelques coquins, sur les bords de la rivière en laquelle elles se baignaient.

C’est peut être aussi cette culotte dont le sort réside entre des pinces en bois ténues, qui chauffe son coton au soleil sur la corde à linge ; celle aperçue dans un pré, un jour de grande lumière, qui sent bon la lessive fraîche.

Douce, simple, pétillante et colorée, comme toutes les Germaines.

Celle qui a battu les pavés parisiens au-dessus d’une paire d’escarpins ; celle qui a pris la rosée, oubliée une nuit sur le gazon ; celle encore qui sèche dans les champs à la chaleur des blés.

Elle est enfin la culotte que le petit ou grand frère enfonce sur sa tête pour faire le clown. Une culotte rieuse.

Délicate, combative, naturelle et joueuse, un peu farouche et têtue aussi – il faut bien l’avouer – Germaine des Prés, parisienne de naissance et de cœur, donne ainsi son nom et son caractère à sa petite culotte, la Germaine.

Germaine se félicite d’être aussi l’inventrice du sprint en stilettos-sur le bitume-sous la pluie, une discipline sportive féminine promise à un grand avenir dans la capitale.

Elle s’énerve pourtant de voir que malgré ses dons de gazelle, elle ne parvient pas à attraper son métro ou son taxi. Le stress la gagne alors, mais par miracle elle arrive toujours à l’heure – enfin presque – comme si de rien n’était. Le sourire accroché aux lèvres, la jambe légère, l’oeil guilleret.

Il y a enfin ces jours où Germaine sur un coup de tête, fait ses bagages à la hâte et quitte Paris. Elle n’oublie jamais de glisser dans sa valise sa pochette de Germaines, et les petites culottes multicolores se pressent avec impatience les unes contre les autres le temps du trajet. Germaine et ses Germaines rêvent de villes enchantées et de rencontres extraordinaires.

Dans la queue au guichet de la gare, Germaine passera devant tout le monde, sous l’œil ébahi des autres passagers. Qu’on lui barre la route, elle dira avec aplomb qu’elle est l’agent de M. L’amour comme l’aventure n’attendent pas.

Ainsi est Germaine, portant ses culottes comme sa liberté, avec force et simplicité. Et toutes les femmes, blondes, brunes, petites et grandes, jeunes et moins jeunes, ont bien ceci de commun : être culottée !